Voeux du Club pour 2026

Voeux 2026 du Club

Le Club de la transformation numérique adresse à toutes et tous ses meilleurs vœux pour l’année 2026

Retour rapide sur 2025

Regarder l’année 2025 dans le rétroviseur est l’occasion de remercier tous ceux qui ont contribué aux travaux du Club en 2025, par leur présence aux soirées, leurs échanges, leurs retours d’expérience et leur soutien via leurs cotisations. Grâce à vous, le Club reste un lieu singulier où se croisent acteurs du public et du privé, chercheurs, praticiens, dirigeants et experts engagés dans les transformations numériques profondes de nos organisations et de notre société.

En 2025, les thématiques abordées ont montré la richesse et la diversité des regards sur la transformation numérique. Un grand merci à Alexandre Guillard et Pascal Le Goff pour avoir exploré les apports et limites de la ChangeTech et de l’IA, ainsi que les conditions de réussite de ces transformations, et à Thomas Saint-Aubin et Arnaud Pons pour leurs éclairages sur l’IA générative, la LegalTech et le Data Management à partir du rapport « S’unir ou subir ».

Le Club tient également à remercier chaleureusement Anne Alombert pour sa réflexion éclairante sur les enjeux de l’IA. Mais aussi Xavier Cabot pour l’expérience en immersion sur la dimension culturelle de la transformation numérique, qui a permis de mieux comprendre les imaginaires, les symboles et les représentations à l’œuvre dans le numérique. La soirée animée par Jean-François Bigot sur l’intégration du LowCode dans le schéma global d’une organisation complexe a apporté un éclairage concret sur les architectures et les choix technologiques structurants.

Nos remerciements à Laure Baquero pour la séance sur les impacts de l’IA sur l’emploi, en lien avec les travaux de l’UNEDIC, ainsi qu’à Pierre Giorgini pour les deux soirées consacrées à la domination cartésienne, aux nouveaux régimes de production de la vérité et à la révolution épistémologique et épistémique du vingtième siècle. Ces contributions ont permis de replacer la transformation numérique dans une profondeur historique et philosophique, en interrogeant nos façons de produire, valider et partager la connaissance.

Le Club remercie également Olivier Vandenbilcke et Florent Tournois pour leurs analyses des impacts des identités digitales sur les banques et assurances, ainsi que Jeremy Lamri pour la séance « Comment se préparer et anticiper dans un monde d’inattendus ? », qui a ouvert des perspectives précieuses sur les compétences et les postures nécessaires dans un environnement incertain. La soirée « Que sont devenus nos CDOs ? » animée par Vincent Roberti a permis de revisiter le rôle, la place et l’évolution des Chief Digital Officers dans les organisations, en écho aux transformations en cours dans la gouvernance du numérique.

Les Ateliers SpeedBoat sur l’identité numérique citoyenne, co-organisés avec l’Institut de l’iconomie et Innocherche, ont illustré la capacité du Club à travailler en écosystème élargi pour aborder des sujets au croisement de la technique, du droit, de l’éthique et de la citoyenneté.

Enfin, la conférence de Xavier Drouet sur la géopolitique des nouvelles routes de la soie numérique et l’activisme de la Chine pour imposer sa vision de l’ordre mondial a replacé les transformations numériques dans un contexte stratégique global, rappelant que nos choix technologiques sont aussi des choix politiques et géopolitiques.

Des perspectives pour 2026

En regard de ces travaux 2025, le Club souhaite ouvrir 2026 en s’appuyant sur les grandes thématiques structurantes identifiées collectivement : cybersécurité, stratégie, conduite du changement, culture digitale et leadership numérique, mais aussi gouvernance des données et des projets, agilité, big data & analytics, intelligence artificielle, cloud computing et interopérabilité des systèmes d’information. Les échanges se poursuivront aussi sur l’expérience utilisateur et citoyenne, les services omnicanaux, l’inclusion et la fracture numériques, la responsabilité numérique (éthique, protection des données, sobriété), les compétences, ainsi que sur l’innovation ouverte et collaborative, les modèles économiques et la cybersécurité. Le Club aura peut-être également des occasions de travail en commun avec le Cercle KTr, sur la question des capacités de transformation.

L’année 2026 sera également l’occasion de renforcer le travail inter-associations engagé avec Innocherche et l’institut de l’iconomie, afin d’aborder en cercle élargi le sujet des transformations numériques profondes : impact sur les modèles de développement, sur l’organisation du travail, sur les identités individuelles et collectives, et sur nos institutions démocratiques. Ces coopérations permettront de croiser encore davantage les points de vue et d’articuler réflexions théoriques, retours d’expérience opérationnels et expérimentations de terrain.

Cet article se veut d’abord un message de reconnaissance à tous les participants, aux membres dont les cotisations rendent possibles ces soirées, et à tous les intervenants qui acceptent de partager leurs expériences, leurs doutes et leurs visions. Mais il se veut aussi un appel à contribution pour 2026 : chacun est invité à proposer des sujets, à co-animer des séances, à faire remonter des besoins de terrain, à partager des cas d’usage, à rejoindre les groupes de travail ou les ateliers inter-associations, afin de continuer à faire du Club un laboratoire d’idées et un lieu d’entraide entre praticiens de la transformation.

Au seuil de 2026, le Club de la transformation numérique vous souhaite une année riche en collaborations, en apprentissages et en réussites concrètes, au service de transformations numériques plus lucides, plus responsables et plus inclusives.

Le Président du Club et l’ensemble du conseil d’administration




Prochains travaux du Club

L’année 2026 marquera le passage de la « fascination technologique » à « l’intégration critique ». Pour les entreprises et les institutions, l’enjeu ne sera plus de savoir si elles doivent se transformer, mais comment le faire sans sacrifier leur souveraineté, leur rentabilité réelle ou leur contrat social.

Voici quelques problématiques majeures que nous visons d’aborder en 2026 ou ultérieurement, mixant des sujets autour du business, de l’action publique et des impacts du numérique sur la société.

En complément de ces problématiques qui pourront être abordés à l’occasion de nos dîners mensuels, le Club vise également d’engager un travail sur les transformations numériques profondes : réinvention du contrat social et humain à travers le prisme d’une technologie qui n’est plus un accessoire, mais le nouveau langage commun de la société.


I. Gouvernance et Stratégie « Post-IA »

1. L’Industrialisation de la Conformité (AI Act)

Passer du cadrage juridique à la mise en œuvre technique et certifiée de l’IA.
Avec l’entrée en vigueur pleine des sanctions de l’AI Act européen, les entreprises doivent auditer leurs algorithmes « à risque ». Il s’agit de transformer une contrainte réglementaire en un label de confiance pour les clients, en intégrant des processus de certification continue dans les chaînes de production logicielles.

2. La « Souveraineté d’Usage » et les Modèles Ouverts

Arbitrer entre la dépendance aux GAFAM et l’autonomie via l’Open Source.
La problématique n’est plus seulement d’héberger ses données en France, mais de ne pas être captif des modèles d’IA propriétaires (boîtes noires). Les organisations privilégieront les modèles « Small Language Models » (SLM) entraînés localement, garantissant la propriété intellectuelle des secrets industriels.

3. Le Pilotage par la Donnée « Froide » et Éthique

Rationaliser la collecte de données pour ne garder que l’utile et l’éthique.
Après des années de « Big Data » démesuré, est venu l’avènement de la « Smart Data ». Il s’agit de purger les bases de données obsolètes (coûteuses et polluantes) pour se concentrer sur des jeux de données de haute qualité, documentés et respectueux de la vie privée, afin d’alimenter des IA plus précises.


II. Transformation des Organisations et Travail

4. L’Orchestration Humain-Agent IA

Apprendre à manager une équipe hybride composée de collaborateurs et d’agents IA autonomes.
L’IA ne sera plus un outil que l’on sollicite, mais un « collègue » qui prend des initiatives (agents autonomes). Le défi managérial sera de définir qui est responsable en cas d’erreur et comment maintenir l’engagement des collaborateurs humains dans des processus ultra-automatisés.

5. La Productivité au-delà du Temps de Travail

Repenser la valeur du travail quand l’IA réalise les tâches en quelques secondes.
Si une tâche qui prenait 4 heures en prend désormais 10 minutes grâce à l’IA, comment rémunérer et évaluer le salarié ? Apparait la nécessité de voir émerger de nouveaux modèles de mesure de la valeur, déconnectés du simple temps de présence, pour éviter l’épuisement ou la perte de sens.

6. La « Cyber-Résilience » Culturelle

Transformer chaque employé en rempart actif contre les cyberattaques sophistiquées.
Face aux Deepfakes capables de simuler la voix d’un patron, la barrière technique ne suffit plus. La problématique sera d’instaurer une culture du doute positif et des procédures de vérification humaines réflexes au sein de toutes les strates de l’entreprise.


III. Service Public et Territoires Connectés

7. L’Agent Public « Augmenté » mais Responsable

Utiliser l’IA pour libérer du temps aux fonctionnaires au profit du contact humain.
L’automatisation des dossiers administratifs (CAF, impôts, mairies) doit servir à remettre des agents sur le terrain pour accompagner les populations fragiles. Le défi est d’éviter que le numérique ne devienne un mur entre l’administration et le citoyen.

8. Le Jumeau Numérique du Territoire pour le Climat

Simuler les politiques environnementales avant de les appliquer au réel.
Les collectivités devront se doter de répliques numériques de leurs infrastructures pour tester l’impact d’une canicule ou d’une inondation. C’est l’usage du numérique comme outil de survie et d’adaptation climatique à l’échelle locale.

9. La Médiation Numérique de Proximité

Pérenniser les lieux de lien social face à l’illectronisme.
Alors que tout devient numérique, le « guichet physique » devient un luxe nécessaire. La problématique est le financement et l’animation de tiers-lieux où le numérique sert à recréer de la citoyenneté plutôt qu’à isoler l’individu.


IV. Économie et Nouveaux Modèles (Iconomie)

10. La Maintenance de l’Héritage Numérique (Legacy)

Gérer le vieillissement des systèmes informatiques critiques.
Beaucoup de systèmes vitaux (banques, énergie) reposent sur des codes anciens. La problématique sera d’utiliser l’IA pour documenter et moderniser ces vieux systèmes sans interrompre le service, évitant ainsi un « effondrement » technologique par obsolescence.

11. L’Économie de l’Attention Durable

Sortir des modèles de captation pour aller vers des services respectueux du temps de l’utilisateur.
Le consommateur de 2026 sera saturé de notifications. Les entreprises qui gagneront seront celles qui proposent un « numérique calme », efficace et non intrusif, transformant la sobriété attentionnelle en argument marketing.

12. La Traçabilité Totale des Algorithmes (Score Éthique)

Afficher l’origine et l’impact des services numériques comme des étiquettes alimentaires.
D’où viennent les données ? L’IA a-t-elle été entraînée en exploitant des travailleurs précaires ? Quel est son coût carbone ? Les entreprises devront répondre à ces questions par un « Nutri-score » du numérique pour satisfaire les exigences des investisseurs ESG.


V. Société et Liens Humains

13. La Majorité Numérique et l’Éducation à l’Algorithme

Apprendre aux jeunes à comprendre les mécanismes de manipulation des flux.
Il ne suffit plus de savoir coder, il faut savoir comment on est « codé » par les réseaux sociaux. L’enjeu sociétal est de créer un socle commun de culture algorithmique pour préserver la santé mentale et le libre arbitre des futures générations.

14. Le Numérique au Secours du Grand Âge

Utiliser la technologie pour le maintien à domicile sans déshumaniser.
Avec le papy-boom, les capteurs et l’IA devront sécuriser les domiciles tout en favorisant le lien vidéo et social. Le défi : que la machine soit une assistance et non un substitut à la visite humaine.

15. La Lutte contre les « Bulle de Filtres » Démocratiques

Casser l’isolement informationnel pour favoriser le débat public.
À l’approche de grands scrutins, la capacité des algorithmes à ne nous montrer que ce que nous aimons menace le consensus national. Les plateformes devront intégrer des mécanismes de sérendipité et d’exposition à la contradiction.


VI. Environnement et Ressources

16. Le Cloud de Proximité et Récupération de Chaleur

Intégrer les centres de données dans l’économie circulaire urbaine.
Un data center ne doit plus être un bunker énergivore, mais une chaudière pour le quartier. La problématique est l’intégration urbanistique du numérique pour en faire un allié de la transition thermique.

17. Le Recyclage des Métaux Critiques du Numérique

Créer une filière industrielle de récupération des composants électroniques.
Face aux tensions géopolitiques sur les minerais, le « minage urbain » (récupérer l’or et le lithium des vieux téléphones) deviendra une priorité stratégique pour les entreprises et les États.


VII. Confiance et Identité

18. L’Identité Numérique Décentralisée (Self-Sovereign Identity)

Redonner au citoyen le contrôle total de ses preuves d’identité.
Au lieu de donner son scan de passeport à chaque site, le citoyen utilise un portefeuille numérique sécurisé qui ne partage que la preuve nécessaire (ex: « je suis majeur » sans donner ma date de naissance).

19. La Certification du « Fait par un Humain »

Créer un label pour les contenus et services garantis sans IA.
Dans un océan de contenus générés, la « touche humaine » deviendra une valeur de luxe. Les entreprises devront certifier les interactions où l’empathie et la créativité humaine sont restées prédominantes.

20. La Justice Prédictive et l’Équité Algorithmique

Encadrer l’usage de l’IA dans les décisions juridiques et RH pour éviter les biais.
Comment s’assurer qu’une IA de recrutement ne rejette pas des profils atypiques par pur conservatisme statistique ? La problématique sera d’instaurer des « comités de vigilance éthique » permanents pour corriger les dérives des machines.




De la dérive des réseaux sociaux à la souveraineté numérique

Un court post pour inviter à la discussion au sein du Club sur ces questions sociétales

Les réseaux sociaux, fossoyeurs des sociétés connectées ?

Business first

A la lecture de l’interview de David Chavalarias publiée dans le journal « Le 1 » (références mentionnées en fin de post), il apparait clairement que la démocratie et la cohésion sociale sont mises à mal par les réseaux sociaux, en raison des algorithmes sciemment mis en oeuvre par les plateformes, pour générer de l’engagement, et donc du clic/scroll amenant la possibilité de placer des messages publicitaires.

 

Couverture journal "Le 1" 517
Couverture journal « Le 1 » 517

L’IA va vraisemblablement jouer un rôle d’amplificateur

Les grandes plateformes investissent massivement sur l’intelligence artificielle, avec évidemment un objectif de retour sur investissement. Aujourd’hui déjà 20 à 30% des posts sur les réseaux sociaux sont émis par des robots, il est vraisemblable qu’avec les IA conversationnelles la capacité à générer de l’engagement va être de plus en plus sophistiquée.

 

Exploitation de biais cognitifs

Les algorithmes exploitent notamment le biais de négativité qui va naturellement pousser un individu à réagir aux informations et évènement négatifs. Au bilan, explique David Chavalarias, la proportion de contenus toxiques est de 50% supérieure à celle attendue (publications des personnes auxquelles on est abonné). C’est en ce sens « un miroir déformant de la réalité ».

D’autres aspects comme la tendance à la bipolarité sont évoqués dans l’article que je ne vais pas reprendre en entier.

 

En point de sortie, deux questions sont posées.

Comment lutter ? Est évoquée la piste FranceConnect qui permettrait d’identifier sans erreur des concitoyens sans qu’il soit nécessaire de communiquer à des plateformes étrangères des documents personnels relatifs à notre identité.

Y a-t-il des réseaux plus vertueux ? Sont évoquées les solutions issues du logiciel libre comme Mastodon.

Quelles réflexions en découlent ?

Un enjeu d’éducation

A la fin de la lecture, ma réflexion personnelle était que, dans ce contexte, plus qu’auparavant, l’école et les parents doivent redoubler de vigilance. Les biais cognitifs exploités par les réseaux sociaux peuvent conduire à la formation d’esprits plus étroits et polarisés. En mettant l’accent sur le négatif, les contenus viraux ont tendance à encourager une vision du monde binaire, manichéenne, qui laisse peu de place à la nuance et à la complexité de la réalité.

Dans un contexte éducatif, cela peut être problématique car cela nuit au développement d’une pensée critique, ouverte et nuancée, laissant se propager a contrario des erreurs voire des contre-vérités. La facilité du scroll peut les amener à se fier davantage aux informations rapides et superficielles diffusées sur ces réseaux-plateformes, au détriment d’une réflexion plus approfondie et nuancée, qui exige de prendre le temps de lectures plus longues — sans surprise cela nous ramène également au fameux adage qui s’applique dans le monde capitaliste : si c’est gratuit (en apparence), c’est toi le produit (Courte vidéo d’ARTE). Si on se fie aux chiffres avancés par Michel Desmurget (La fabrique du crétin digital, Le Seuil, 2019), dans la tranche d’âge 13-18 ans, ce sont en moyenne 6h45 passés devant les écrans des tablettes et smartphones.

Il y a une double urgence : protéger nos enfants des plateformes qui monétisent l’attention et proposer des alternatives éthiques.

 

Prendre les plateformes à contrepied

Etant donné les travers de ces réseaux sociaux guidés par la profitabilité, la tentation pourrait être de les déserter pour recréer des communautés sur des plateformes plus saines (cf. l’option des communs numériques mentionnées ci-après).

Mais combattre ces réseaux sur le propre terrain n’est pas une option à écarter. Le cas échéant, puisque les algorithmes exploitent un biais de négativité, une manière de les contrer pourrait être de ne pas entrer dans ce jeu mortifère et au contraire de privilégier les posts porteurs d’une vision positive, au détriment de la viralité/popularité de ses publications.

 

Se tourner vers les communs numériques

Pour disposer de plateformes décentralisées dans lesquelles on retrouve une véritable liberté d’expression, dans lesquelles les publications et leur circulation ne sont pas contrôlées par des algorithmes tournés vers la profitabilité, dans lesquelles les données que nous publions nous appartiennent (portabilité), dans lesquelles on peut maitriser son audience… une option est de se tourner vers les communs numériques, ce qui implique d’y entrainer les communautés avec lesquelles nous souhaitons pouvoir échanger.

Pour mémoire, les communs numériques peuvent être définis comme “une communauté de producteurs et d’utilisateurs qui gèrent une ressource numérique en vue de son enrichissement dans le temps à travers des règles de gouvernance conjointement élaborées et dont ils protègent le libre accès face aux tentatives d’appropriation exclusive.” (référence: CNNum)

 

Un lien avec la souveraineté numérique

Tous ceux qui s’intéressent aux enjeux du numérique savent que l’ultra-domination par un faible nombre d’acteurs privés à but lucratif est un sujet d’inquiétude. Les GAFAM et BATX ont atteint des cours de valorisation qui dépassent le PIB de certaines nations et leur pouvoir n’est plus à démontrer. Cette situation est pointée du doigt par des acteurs influents de la sphère numérique, comme Gilles Babinet (Il y a un glissement de souveraineté des Etats vers les GAFA, France Inter, 14 août 2018), sans pour autant que les choix politiques soient en mesure d’amener un point d’inflexion sur la dangereuse pente de la dépendance numérique.

Même si la régulation européenne sur le plan juridique tend à fixer des limites, il n’en demeure pas moins que l’Europe se retrouve acculée. La souveraineté exige des investissements qui ne sont pas soutenables à l’échelle nationale. Comme l’indiquait Vincent Coudrin (responsable mission cloud à la Direction interministérielle du numérique) à l’occasion d’un récent échange, il faudrait qu’au niveau politique un leadership s’affirme pour rassembler plusieurs nations européennes au tour d’un projet commun, en mesure d’investir dans des infrastructures et plus globalement une capacité (au sens militaire) qui permette de faire émerger un acteur en mesure de servir les besoins civils et militaires, publics et privés, de sorte que le volume d’utilisateurs soit suffisant pour assurer la soutenabilité économique dans la durée. Vaste programme…

 

Impuissance de la sphère politique

Le Sénat a constitué le 1er juin 2023 une commission spéciale chargée d’examiner un projet de loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique, commission présidée par Catherine Morin-Desailly, avec comme rapporteurs Patrick Chaize et Loïc Hervé, réunissant 10 vice-présidents, 3 secrétaires et 21 membres.

La page réservée aux travaux portés par cette commission plante parfaitement le décor : « La question de la régulation du numérique est devenue un sujet central des politiques publiques, avec le développement ces dernières années d’entreprises extrêmement puissantes qui disposent maintenant d’une influence majeure, tant économique que politique ou sociétale. »

Une proposition de loi est successivement présentée au Sénat, à l’Assemblée nationale, devant une Commission mixte paritaire, avant d’être soumise à l’approbation du Conseil constitutionnel, puis d’être promulguée : loi visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique (n° 2024-449 du 21 mai 2024), parue au JO n° 117 du 22 mai 2024.

On ne peut donc pas dire que les instances politiques se désintéressent du sujet. La Nation se donne les moyens de la réflexion. Mais la régulation dans un monde globalisé ne permet pas d’obtenir les effets escomptés. L’innovation au service des intérêts mercantiles se poursuit sous nos yeux.

Ce post fait suite à la lecture du journal « Le 1 » en date du 16/10/2024

Cette édition n°517 du journal consacre une pleine page à Naomi Klein. Mais ce post est directement en lien avec l’article relatif à l’entretien avec le mathématicien David Chavalarias, directeur de recherches au centre d’analyses et de mathématiques sociales du CNRS, auteur de Toxic data (Flammarion), dont les propos sont recueillis par Lou Heliot et Julien Bisson

En lien avec ce post…

France Inter : débat du 7/10, 13 novembre 2024, Réseaux sociaux : une menace durable pour la démocratie ?

CNNum :

Nombreux sont les essais qui dénoncent les travers des réseaux sociaux, mais ils ne sont visiblement pas suffisamment lus au vu la dérive insidieuse qui se poursuit… Plus graves, des affaires comme les facebook files dénoncés en 2021 par Frances Haugen, ne se sont pas traduits par un rejet des utilisateurs.

Parmi les ouvrages recommandables, on peut citer par exemple Propagande de David Colon (2021). L’un des propos frappant et a priori contre-intuitif est abordé dès l’introduction en indiquant que la propagande touche en priorité les milieux les plus cultivés et les plus à même d’accéder à l’information. L’explication : plus l’individu est exposé à la complexité du monde et une information riche, plus il a besoin d’explications simples, d’une grille de lecture qui lui permette de s’inscrire dans une vision collective et lui laisse croire qu’il comprend le monde qui l’entoure.

Le CNNum, déjà cité, mène également des travaux éclairants sur ce sujet, à lire sur leur site. A écouter / regarder « le réseau social du futur sera avant tout un protocole« , interview de Jean Cattan, 26 février 2024.

Parmi les membres actifs du CNNum, Gilles Babinet avait indiqué dans un post sur X(Twitter) « Il faut le dire et le redire : la régulation des réseaux sociaux est insuffisante (même post DSA) et met en danger la démocratie. Le @CNNum a entre autre appelé a ce que les algorithmes de recommandation ne soient plus contrôlés par les plateformes ». Dans ce post Gilles Babinet relayait une tribune relative à l’impact de la manipulation des affects par ces plates-formes, de Daniel Lacerda, publiée le 1er août 2024 dans le journal Le Monde « Les réseaux sociaux sont une arme politique de destruction massive« .

Les récents rendez-vous électoraux ne démentent pas cette tendance, bien au contraire. A cet égard, je ne saurais trop recommander l’excellent site politoscope.org qui avait publié un article intitulé « minuit moins dix à l’horloge de Poutine« , article éclairant sur les manoeuvres de fond qui visent à prendre le pouvoir par la manipulation de l’information.

In fine, la lecture de cet article résonne avec bien d’autres lectures et échanges. Mais puisqu’il faut s’arrêter dans la rédaction de ce post, mentionnons les travaux d’Henri Verdier, profondément attaché à la notion de « communs », qui avait déjà identifié la plateforme Mastodon en 2017, était déjà convaincu de l’intérêt des communs numériques avant d’arriver à la tête de la DINSIC (devenue DINUM), et qui défend aujourd’hui encore l’intérêt de cette approche dans ses fonctions d’Ambassadeur pour le numérique au sein du ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Il a publié le 24 juin 2022 un rapport sur les communs numériques : un levier essentiel pour la souveraineté européenne.




Le Club de la Transformation Numérique rend hommage à Michel Volle

En cette rentrée, le Club de la Transformation Numérique déplore la disparition brutale de Michel Volle, survenue le 12 juin dernier. Nous perdons un visionnaire, un penseur exigeant et l’un des fondateurs de notre communauté. En 1997, Michel Volle comptait parmi les pionniers qui ont créé le Club des Maîtres d’ouvrage des Systèmes d’information, ancêtre de notre Club actuel. Son empreinte sur nos travaux et notre vision collective demeure indélébile.​

Il a été un architecte de l’informatisation au service de la Nation, avec un goût certain pour la conceptualisation, avec une vision humaniste du numérique. Il était aussi un pédagogue généreux qui aimait partager sa compréhension des systèmes organisationnels, techniques ou humains et appréciait la confrontation des idées.

Michel Volle n’a jamais conçu l’informatisation comme une simple évolution technique, mais comme la troisième révolution industrielle de notre ère, comparable aux bouleversements engendrés par la machine à vapeur ou l’électricité. Polytechnicien, statisticien à l’Insee, puis entrepreneur avec les sociétés Arcome et Eutelis, il a constamment œuvré pour que cette révolution bénéficie à l’ensemble de la société française. Sa contribution à l’organisation de la maîtrise d’ouvrage du système d’information d’Air France avec Christian Blanc et de l’ANPE avec Michel Bernard témoigne de son engagement concret au service des grandes institutions nationales.

Ce qui distinguait Michel Volle, c’était son refus de l’approximation intellectuelle. Il ne se contentait jamais d’observer les phénomènes techniques : il les conceptualisait, établissait des ponts entre les disciplines, articulait statistique, économie et informatique pour produire une pensée cohérente et rigoureuse. Cette exigence philosophique, héritée de son père, l’a conduit à développer le concept d' »iconomie » pour désigner l’économie de la société informatisée et analyser ses implications sur l’emploi, la production et le bien-être collectif.

Michel Volle n’était pas un techno-optimiste naïf. Dans sa postface à Géopolitique d’Internet, il alertait sur les risques d’une informatisation non maîtrisée : mainmise du crime organisé, atteintes à l’État de droit, retour à des formes néo-féodales de domination. Pour lui, l’urgence était de « civiliser » cet espace nouveau, d’y faire prévaloir les exigences démocratiques et d’assurer que chaque citoyen dispose des connaissances nécessaires pour devenir un « e-citoyen » éclairé. Son combat était celui d’une informatisation qui procure « efficacement le bien-être matériel à la population tout en employant la totalité de sa force de travail »​

Au-delà de ses livres et de ses 1241 billets de blog, Michel Volle a créé et animé plusieurs groupes de réflexion collective : le Club des Maîtres d’ouvrage, l’Institut Xerfi, l’Institut de l’Iconomie (interaction de l’informatique et de l’économie). Homme discret et distingué, il était toujours de bon conseil, prodiguant son savoir avec générosité à des dizaines de professionnels et chercheurs. Il programmait lui-même pour comprendre réellement l’informatique dont il parlait, refusant toute posture d’expertise superficielle.​

Les idées de Michel Volle n’ont sans doute pas été entendues autant qu’elles auraient dû l’être, peut-être parce qu’elles bousculaient trop de positions établies, et parce que le changement impose des remises en question et du courage pour affronter l’inconfort. Le Club de la Transformation Numérique s’engage à poursuivre son œuvre en maintenant vivante cette exigence de hauteur de vue, d’analyse rigoureuse et de mise au service de l’intérêt général qui caractérisait sa pensée. Nous continuerons à œuvrer pour que la transformation numérique soit véritablement bénéfique aux organisations publiques et privées qui soutiennent le Club, mais dont les travaux servent plus largement notre société, comme Michel Volle nous y invitait inlassablement.​

Nos pensées vont à son épouse Monique, à ses enfants et petits-enfants.




Rétrospective 2023 et perspectives 2024

Photo du pont Alexandre III, à Paris

Chaque fois que la surface digitale du monde s’étend, les enjeux de cybersécurité prennent une part croissante.
Dans le contexte d’une transformation numérique qui continue sa progression dans tous les secteurs, cela impose une prise de conscience de ces enjeux cyber par tous les acteurs concernés, quelle que soit leur fonction dans l’organisation. Ces questions cyber n’ont pas manqué de nous animer en 2023, leur intérêt demeure en 2024 et sera vraisemblablement amplifié dans le cadre du contexte des JO/JOP.

L’année 2023 a probablement été celle de la mise à disposition au plus grand nombre d’interfaces d’accès à des capacités dites d’intelligence artificielle générative. Effet de mode ? Probablement pas ! Reste que beaucoup d’organisation se sont rapidement retrouvées face à des problématiques nouvelles. Là encore, un travail de réflexion approfondie est nécessaire pour parvenir à un bon niveau de maturité prenant en compte les nombreux aspects (gains de productivité, gestion des données, sécurité, éthique, social…). Dans le domaine de l’IA, l’année 2024 sera probablement riche en discussions.

Dans un contexte de changement climatique de plus en plus préoccupant, où l’activité humaine apparait comme un facteur déterminant dans l’évolution de l’écosystème planétaire, il apparait nécessaire de s’interroger sur la part que prend le numérique dans ces débordements et sur les mesures à prendre. La COP 28 qui s’est tenue du 30 novembre au 12 décembre 2023 à Dubaï a mis en évidence les tensions qui demeurent avec la compétition économique qui constitue le déterminant principal. Le besoin de revenir à une activité humaine plus frugale pour freiner les évolutions climatiques en cours apparait clairement en opposition avec la multiplication des datacenters, des réseaux et de tous les appareils qui s’y connectent… Les réflexions que nous portons devraient alimenter la recherche d’efficience globale, i.e. pas celle de l’efficacité avec une moindre dépense financière (faire plus avec moins), mais celle de l’efficacité avec un moindre impact énergétique, climatique…

Il y a bien entendu de nombreuses autres thématiques qui doivent nous inviter à réfléchir à comment mieux porter le numérique pour qu’il permette de mieux construire la société de demain… Après une année 2023 riche en échanges, je laisse au Club de la transformation numérique, à son conseil d’administration, à l’ensemble de ses adhérents, à l’ensemble des intervenants qui animent nos soirées mensuelles, le soin d’apporter leurs propres interrogations (et si possible des pistes de réponse) pour qu’avec ce collectif nous puissions participer à une transformation numérique plus vertueuse pour notre humanité et pour la planète.

Merci à tous pour votre confiance et ce que nous avons vécu en 2023, tous les membres du conseil d’administration sont heureux et fiers de poursuivre avec vous en 2024.
Meilleurs voeux à tous pour cette nouvelle année et au plaisir de vous retrouver pour les moments de partage qui nous attendent.

Le Président du Club




Intelligence artificielle au service de la sécurité des paiements

Lors de la réunion du lundi 11 décembre Alexandre David CEO de Heptalytics – IA sécurité paiements nous a présenté un cas d’usage de l’intelligence artificielle, dans le cadre de la lutte contre la fraude.

Il ressort de la présentation que les solutions actuelles sont insatisfaisantes car :

  1. Les clients sont mécontents de voir leur transactions parfois en attente pour quelques jours alors qu’il n’y a aucun problème.
  2. Les banques sont submergées par la lutte contre la fraude avec des augmentations à deux chiffres, en valeur et en volume des transactions suspectes, et surtout des tentatives de fraudes liées à l’ingénierie sociale.

Après un bref panorama sur la fraude, et quelques exemples vécus, Alexandre a présenté les différents modèles d’intelligence artificielles qui sont mobilisés pour lutter contre la fraude. 

La solution qui a été développée par sa société active différentes briques d’IA pour identifier spontanément les signaux d’alertes et identifier la fraude. 

Ce qui parait intéressant c’est que la démarche est en rupture avec les outils existants qui sont bâtis sur des moteurs de règles. De fait, l’intelligence artificielle permet d’afficher une efficacité impressionnante.

D’après les retours opérationnels partagés pendant la soirée, la solution permet une amélioration de la capacité de détection de la fraude de 30 à 50 %, et aussi une amélioration de la productivité des opérationnels de 50 à 70%.

La réunion débat s’est terminée par un quizz sur les différents cas d’usages et les notions évoquées en cours de soirée.

Une très belle soirée pour clôturer l’année 2023 !




La France s’active pour défendre une Europe ambitieuse dans le domaine de l’intelligence artificielle

Intelligence artificielle : « La meilleure protection c’est d’avoir des modèles européens », plaide Jean-Noël Barrot (Le Monde, Alexandre Piquard, 15/12/2023)

L’article du journal Le Monde consacré au plaidoyer de Jean-Noël Barrot met en lumière les débats entourant le projet de règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) et souligne les positions défendues par le ministre délégué au numérique français, Jean-Noël Barrot.

Le ministre délégué au numérique s’est exprimé sur le projet de règlement européen sur l’intelligence artificielle (AI Act) juste avant une réunion cruciale qui était prévue le 6 décembre 2023. Au-delà des positions de la France dans les négociations autour de la régulation de l’intelligence artificielle en Europe, l’article met en évidence les débats sur les nécessaires obligations, le besoin de transparence des modèles, et la nécessité de créer des acteurs européens forts dans le domaine de l’IA.

La France est critiquée pour son opposition apparente aux propositions plus strictes du Parlement européen, ce qui a créé des tensions dans les négociations. Mais Jean-Noël Barrot défend la position de la France en soulignant que l’Europe devient la première démocratie à établir un cadre législatif pour l’intelligence artificielle. Si ce cadre est adopté, les systèmes d’IA présentant des risques élevés devront obtenir un marquage CE, avec des obligations d’audit et de transparence les plus élevées au monde. Cela s’appliquerait aux domaines tels que la conduite autonome, le diagnostic médical, le tri des CV, et l’attribution de crédit, mais pas aux domaines sans risque comme le divertissement ou le jeu vidéo.

Concernant les modèles de fondation, utilisés par des entreprises pour créer des services, Barrot propose une approche où les fabricants collaboreraient avec les entreprises clientes et publieraient des informations de base sur le fonctionnement de leurs modèles. Il suggère également un code de bonne conduite pour harmoniser les pratiques et envisage des exonérations pour les modèles en accès libre (open source), arguant que l’open source offre des garanties de transparence et favorise la concurrence équitable.

Soutenue par l’Allemagne et l’Italie, la France s’oppose aux obligations plus strictes proposées par le Parlement en juin, concernant des évaluations régulières et des mesures d’atténuation des risques pour les droits fondamentaux. La France a également rejeté le compromis réservant ces obligations aux modèles les plus puissants. Cette position a suscité des critiques, notamment de spécialistes de l’intelligence artificielle et de l’association de PME du numérique SME Alliance. Le ministre Barrot affirme que l’AI Act serait ainsi la réglementation la plus contraignante au monde.

Dans ce type de configuration, il est fréquent de se voir reprocher une forme de favoritisme déguisé. La France est ainsi accusée de suivre les intérêts de sa start-up Mistral AI. Jean-Noël Barrot insiste au contraire sur une démarche guidée par l’intérêt général et une approche basée sur des échanges avec toutes les parties prenantes.

Les réflexions stratégiques convergent par ailleurs vers la création de « champions européens » de l’IA comme étant une priorité absolue, estimant que cela offre une meilleure protection que de tenter de réguler des plateformes qui s’exportent par nature avec leur propre droit. Enfin, des questions comme la lutte contre les monopoles dans l’accès à la capacité de calcul informatique et le droit d’auteur mériteraient des évolutions législatives.




Rencontres du Club – Programmation 2024-2025

Lundi 15 janvier 2024, La culture comme facteur de réussite des transformation, Jérôme Bouquet

Lundi 26 février 2024, La transformation numérique du ministère des armées, Vincent TEJEDOR

Mercredi 13 mars (séminaire), La transformation numérique du groupe Orange, Mathieu HUET

Lundi 22 avril 2024, assemblée générale du Club

Lundi 13 mai 2024, Comprendre les vulnérabilités et construire des pratiques pour une organisation régénérative Boutayna BURKEL

Lundi 10 juin 2024 Gaia X Nadia FRONTIGNY

Lundi 1er juillet 2024, L’évaluation de la maturité digitale 360° Michaël TARTAR

Lundi 9 septembre, Retex sur la mise en œuvre IA  avec Alexandre MARTINELLI, CEO de La Javaness

Lundi 7 octobre 2024 Le rapport IA : notre ambition pour la France avec Cyprien CANIVENC

Lundi 4 novembre2024, Les wargame au ministères des armées, Patrick RUETSCHMANN

Lundi 9 décembre De la dimension culturelle

27 janvier 2025 Apports et limites de la #ChangeTech et #IA. Conditions de réussites – Essec Chaire Change Management

3 Février 2025 IA LegalTech et Data Management (Rapport IA GÉNÉRATIVE : S’UNIR OU SUBIR) Arno PONS et Thomas Saint-Aubin

3 Mars 2025 De la croissance-éclair à la recherche-action : réorienter l’industrie numérique, utopie ou nécessité? Anne ALOMBERT

19 MARS Partie 2 : Dimension culturelle de la Transformation Numérique (Gallerie culturelle)

7 AVRIL Comment l’approche LowCode s’intègre dans le schéma global d’une organisation complexe – capitaine de frégate Jean-François BIGOT 

5 MAI Les impacts de l’IA sur l’emploi ? (UNEDIC)

2 JUIN De la domination cartésienne aux nouveaux régimes de production de la vérité
La révolution épistémologique et épistémique du vingtième siècle Pierre GIORGINI

7 JUILLET Les impacts pour les banques & assurances des identités digitales – Florent TOURNOIS et Olivier VAN de BLICKE

8 SEPTEMBRE Comment se préparer et anticiper dans un monde d’innatendus? Jeremy LAMRI

6 OCTOBRE Que sont devenus nos CDOs ? Vincent ROBERTI (UNEDIC)

3 NOVEMBRE Ateliers ID numérique citoyenne – CTN – Institut de l’Iconomie – Innocherche

8 DÉCEMBRE Géopolotique de la transformation numérique – Ce que nous pouvons apprendre de la Chine ?




Transparence des algorithmes…

Tiré de l’article « L’opacité des algorithmes favorise les dérives au sein des établissements publics » (Par Adrien Sénécat, Le Monde, 05/12/2023)

Suite au révélations de l’association La Quadrature du Net, il est intéressant de rappeler les attentes de transparence s’agissant du traitement de l’information par des algorithmes.

L’article du journal Le Monde examine les implications de l’utilisation d’algorithmes opaques au sein des services publics, en mettant en lumière le cas de la Caisse nationale d’allocations familiales (CNAF) en France.

L’utilisation d’algorithmes, qu’ils soient simples ou sophistiqués, vise à produire des résultats à partir de commandes spécifiques. Cependant, leur utilisation est souvent entourée d’opacité. Cela pose un problème s’agissant du secteur public. L’article se penche sur le cas de la CNAF qui a été médiatisé au cours des derniers jours car il utilise un score de risque discutable pour cibler ses contrôles parmi ses 13,8 millions de foyers d’allocataires.

L’association La Quadrature du Net, qui à l’origine de l’étude, souligne le besoin de transparence dans le fonctionnement de ces systèmes, argumentant que la publication des détails de l’algorithme devrait être publique pour permettre un débat démocratique. En 2022, La Quadrature du Net a demandé à la CNAF de divulguer les détails de son algorithme, mais la demande a été initialement rejetée au motif que cela pourrait aider les fraudeurs à contourner les contrôles.

Suite à une intervention de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA), La Quadrature du Net et Le Monde ont pu obtenir des informations détaillées sur les algorithmes utilisés par la CNAF de 2010 à 2020. L’analyse de ces données révèle que le système s’appuie en grande partie sur des critères potentiellement discriminatoires, tels que l’âge, la situation familiale, les droits à l’allocation aux adultes handicapés, et la vulnérabilité économique.

L’opacité entourant ces algorithmes soulève des inquiétudes quant aux potentielles dérives. Par exemple, un critère de nationalité discriminatoire a été utilisé pendant des années, attribuant un score de risque plus élevé aux citoyens extra-européens. Les 700 contrôleurs de la CNAF n’avaient aucune connaissance du mode de calcul du score de risque, ce qui souligne le manque de transparence.

L’article souligne également que, dans certains domaines, les professionnels qui utilisent des traitements automatisés de données pour prendre des décisions doivent connaître les fondements de ces systèmes. Les lois existantes, comme le règlement général sur la protection des données en Europe, prévoient des dispositions pour garantir l’information des citoyens sur le traitement automatisé de leurs données. Cependant, les administrations peuvent interpréter ces règles de manière restrictive.

L’utilisation croissante d’algorithmes dans les services publics, tels que Parcoursup en France, souligne l’importance de mettre en place des garde-fous. L’article mentionne d’autres exemples européens où des discriminations ont été observées en l’absence de transparence et de réglementation adéquate.

L’utilisation des algorithmes appelle à la vigilance pour éviter les dérives potentielles et assurer une protection adéquate des droits des citoyens.




Robert Vesoul

Robert Vesoul est un cadre chevronné qui possède une solide expérience dans les domaines de la haute technologie, de la technologie numérique et de la stratégie. Actuellement PDG et cofondateur d’Illuin Technology, il se concentre sur la mise en œuvre de projets technologiques à grande échelle avec une approche centrée sur le client. Illuin Technology, sous sa direction, relève les défis de l’intelligence artificielle, en se spécialisant dans l’apprentissage automatique, les applications conversationnelles et les architectures de micro-services.

En dehors de son rôle dans l’entreprise, Robert est codirecteur de la chaire d’innovation numérique à CentraleSupélec, où il a lancé l’Année de la technologie numérique, un programme de spécialisation pour les ingénieurs à haut potentiel, qui leur enseigne les compétences en IA et en génie logiciel. Cette initiative fait le lien entre le monde académique et le monde de l’entreprise, en formant des entrepreneurs du numérique pour la révolution numérique en cours.

Photo de Robert Vesoul (à droite) le 23/11/2023 à la maison des X, avec Pascal Le Goff
Photo de Robert Vesoul (à droite) le 23/11/2023 à la maison des X, avec Pascal Le Goff

Son engagement s’étend à Time for the Planet, dont il est l’un des associés. Cette entreprise à mission vise à rassembler 1 milliard d’euros pour déployer 100 innovations luttant contre le changement climatique, en promouvant l’esprit d’entreprise, l’intelligence collective et les principes de l’open-source.

Avant de rejoindre Illuin Technology, Robert a été PDG de ST Groupe pendant plus de 13 ans, dirigeant des activités de conseil en transformation numérique, des projets d’innovation ouverte et du développement full-stack. Il a également travaillé chez Randstad et Dafsa.

Outre ses activités professionnelles, il participe à des initiatives dans les domaines de l’éducation et de l’environnement, ce qui témoigne de son leadership multidimensionnel et de son engagement en faveur de l’innovation et du changement positif.

(Source : LinkedIn)